Telle est la question fondamentale qui se pose lorsque vous arrivez dans un nouveau poste. Chaque entreprise, chaque administration, chaque service administratif pour ce que j'en connais, semble avoir son code de comportement.
Là où je fais mon stage, on m'a dit de laisser la porte de bon bureau ouverte, ma collègue avec laquelle je partage la pièce m'a indiqué qu'on pouvait la fermer à la pause à midi, quand on mange au bureau au lieu de sortir manger (il n'y a pas grand chose dans le quartier) ou d'aller au restaurant administratif.

Mais tout n'est pas si simple, si ma porte est grande ouverte, pas ou peu de calme pour travailler et les collègues peuvent survenir à tous moments, y compris pour des motifs totalement futiles qui ne font que vous faire perdre du temps.
Mais si la porte est fermée, cela veut dire que vous ne voulez parler à personne. Soit vous êtes entourés par des bureaux relevant d'une autre direction et cette séparation est bienvenue soit vous prenez le risque de ne pas être intégré à votre service et ce n'est pas une bonne chose du tout.

Chaque service a sa propre sociologie, même lorsqu'il n'y a qu'une dizaine d'agents, il peut y avoir des clans, des rivalités et des dénigrements croisés, pas seulement vers la hiérarchie mais plus entre agents d'une même catégorie. Chaque groupe a son sage (celui ou celle qui est là depuis toujours et qui sait tout sur tout), son VRP (qui va voir quotidiennement le nouveau ou la nouvelle pour bien lui faire comprendre que son groupe est le meilleur) et un passé particulier dans l'institution.

A l'occasion, regardez deux groupes d'ado dans une cours de récréation, on n'est pas loin de la guerre des coqs. Et c'est apparemment la même chose dans le monde administratif et dans le monde du travail. Les rivalités et la compétition n'ont pas besoin d'être exacerbés par la direction, chacun semble entrer dans le jeu sans même y penser. Inutile de dire que lorsque la DRH met en avant la compétition et l'émulation entre les personnels, l'ambiance de travail peut très rapidement devenir exécrable. Mais puisqu'il faut à tout prix être compétitif, sous peine de mort économique immédiate.
Lundi 10 novembre 2008
par Suzanne publié dans : Pensées
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Hier, je suis allée voir "L'heure d'été": c'est l'histoire de deux frères et une sœur qui perdent leur mère et doivent gérer la succession et leur deuil et ses conséquences sur leurs vies.
Le film est plutôt bien fait et aborde également la question des relations entre frères et sœurs adultes chacun ayant sa propre vie et son propre rapport à l'enfance.

Force est de constater qu'à 50 ans plus encore qu'à 25, tous les enfants d'une même famille n'ont pas la même vie et que personne n'a la même conception de ce qu'il faut faire suite à la mort d'un parent. La question au centre du film est la suivante: peut-on être prêt face à la mort d'un parent? Le fils aîné, a qui la mère parle au début du film de ce qu'il faudra faire après elle, est peut être celui qui y est le moins préparé: il est le seul à vivre en France et à voir régulièrement sa mère mais il est aussi celui qui a une vie où elle est présente, d'autant plus que ses propres enfants sont aussi proches de leur grand mère.

Quel est donc notre rapport à la mort? Et particulièrement ceux à qui nous devons de voir le jour? Est-ce que l'absence de maladie rend la mort plus difficile à accepter? Peut être que c'est le cas: avec la culpabilité qui va avec, on se dit que celui qui part à la fin d'une maladie est délivré de ses souffrances (ce qui se rapproche de la vision judéo-chrétienne de la mort) et qu'en quelque sorte, sa mort est plus logique et plus acceptable que celle qui survient chez un individu en pleine santé.

La fin de vie à l'hôpital, en clinique ou en hospitalisation à domicile semble aujourd'hui constituer un nouveau rituel d'adieu, ce qui rend la question de la fin de vie d'autant plus cruciale qu'il y a le phénomène du papy-boom et plus prosaïquement, que nous allons tous mourir.

Mardi 8 avril 2008
par Suzanne publié dans : Pensées
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En ce moment, je lis Amkoullel, l'enfant peul le premier volume des mémoires d'Amadou Hampâté Bâ. Cela se passe au début du XXème siècle dans la région du Mali.

Au delà du témoignage d'une vie, ce premier volume décrit les ressorts et les logiques de sociétés fondées sur l'appartenance familiale et la culture de l'oral, qui est primordiale pour tous les aspects de la vie.

Est-ce qu'en France la culture de l'oral était tout aussi importante au début du XXème siècle? Je pense que l'accès la culture et l'habitude (européenne) de mettre par écrit ce qui est important constitue une différence majeure avec les habitudes d'Afrique Noire.

Aujourd'hui quels sont nos rapports à l'écrit et à l'oral? Quelles sont les conséquences du développement de la communication informatique? de la perte de l'habitude d'écrire (c'est aussi une private joke)?
Mardi 1 avril 2008
par Suzanne publié dans : Pensées
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J'ai fait quelques recherches sur Carême qui commence demain: il s'agit, d'ici à Pâques, pour les chrétiens, de se remémorer le séjour de Jésus dans le désert, alors que le diable cherchait à le tenter.

En souvenir de cela, les chrétiens pratiquent le Carême, d'une façon plus ou moins importante: en ne mangeant pas de viande ni de produits à base d'aminaux et en se tournant vers la prière pour se rapprocher vers Dieu, le Carême est une période forte dans l'année chrétienne.

Aujourd'hui, Carême est très différent du carême qui pouvait se faire dans le passé: est-ce parce que la société est aujourd’hui sécularisée?

A mon avis, aujourd'hui, le Carême est aujourd'hui plus un acte individuel, privé et moins une obligation sociale, ce qui n'est pas le cas de Ramadan dans les pays où la majorité de la population est musulmane.

Dans les deux cas, les limitations des plaisirs de bouche constituent des moyens de recentrer ses réflexions vers (la question du rapport entre l'homme et) Dieu.
Bien sur, cela suppose de croire en Dieu, mais il existe également des périodes de jeûnes dans des "religions qui n'en sont pas" comme le bouddhisme ou l'hindouisme, à ce qu'il me semble. Mais que pensent les athées ou les agnostiques des périodes régulières de jeûne?

Mardi 5 février 2008
par Suzanne publié dans : Pensées
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Cela vous changera du cochon fluo...


Pour Max Weber, la volonté d'obéir est au coeur du pouvoir politique: le respect des règles par les gouvernés peut reposer sur deux types de rapport: la force et la violence ou l'acceptation du bien-fondé des règles.

En toute honnêteté, je ne pense pas qu'au Liban, les individus obéissent aux différentes normes qui existent parce qu'ils sont  persuadés de leur bien-fondé. A mon avis, la logique à l'oeuvre dépend du niveau de richesse: je me débrouille avec la loi quand j'ai des sous, j'évite de me faire remarquer quand je suis dans la galère. Et comme apparemment, personne n'attend beaucoup de l'Etat, ce dernier peut se contenter de gérer les affaires courantes peut être même sans tenir compte de l'intérêt général - dont je doute qu'il existe réellement dans les consciences libanaise sans dire pour autant que c'est le cas ici.
Ce qui est bizarre avec la "mentalité libanaise", c'est qu'on dirait que tout le monde réfléchit et agit en se disant que demain, ce sera peut-être pire alors autant en profiter et ne pas faire trop de projet. Et tous espère que ce sera plus pire pour le voisin que pour soi. Mais j'espère que je me trompe et que mon éducation occidentale m'aveugle.


Le pouvoir politique ne peut quant à lui durer qu'à la condition d'être fondé sur une légitimité, elle même fondée sur un ensemble de croyance. Ici, la pensée wébérienne est pour moi confrontée à un paradoxe: en effet, Weber distingue trois types de légitimité (traditionnelle, charismatique, légale-rationnelle), toutes trois fondées sur leur propre système de croyance. Or, la légalité légale-rationnelle semble devoir reposer sur la seule force de l'argumentation et du raisonnement puisqu'elle est rationnelle. Là je suis devant un paradoxe de la pensée wébérienne et pour le moment je n'ai pas trouvé de dépassement de ce paradoxe dans l'oeuvre de Weber.

Je pense qu'au Liban, on est très loin d'un pouvoir politique fondé sur la légitimité légale-rationnelle mais que ce qui prévaut est un mélange de légitimité traditionnelle et charismatique. De plus, il ne me semble pas qu'il y ait UNE légitimité lié à UN pouvoir mais un pouvoir avec une légitimité particulière pour chacune des communautés reconnues et je ne suis même pas sur qu'à chaque communauté ne corresponde qu'un unique pouvoir légitime.  Pouvoir et légitimité m'apparaissent donc comme particulièrement fragmentés au Liban: évidemment, d'un point de vue occidental, cela ne peut apparaître que comme l'origine des maux politiques libanais, mais je ne suis pas sure que cela soit vraiment cela le fond du problème. D'un point de vue extérieur, on peut penser que la reconnaissance des communauté comme repères identitaires et politiques valable empêche l'émergence d'une nation libanaise unie et stable.

Chaque corps de croyances qui fonde un type de légitimité, donc un type de pouvoir particulier, s'accompagne d'un ensemble de représentations sociales notamment quant à la supériorité sociale de certains.

A mon avis, ce qui fonde la légitimité, ce n'est pas tant les croyances dans tel ou tel système de valeur (l'honneur, l'égalité...) mais le capital (économique, social...) des personnes et en quelque sorte la capacité de nuisance que détiennent ces personnes. Au Liban, le pouvoir de l'argent saute aux yeux: tout le monde cherche à consommer pour montrer qu'il a de l'argent et la générosité n'a rien de gratuit (mais ce n'est le cas nulle part sauf au Paradis des images d'Epinal). Et je ne suis même pas certaine que le capital économique suffise à s'assurer d'une légitimité et d'un pouvoir durable: c'est là que l'évergétisme présent chez Weber est interessant car le don et le clientélisme apparaissent comme des principes fonctionnels(1) de la société libanaise.

(1)L'évergétisme (ou, plus rare, évergésie) est un terme introduit au XXe siècle dans le lexique francophone par l'historien André Boulanger. Il dérive directement du verbe grec εύεργετέω signifiant « je fais du bien ». Dans sa définition originale, l’évergétisme consiste, pour les notables, à faire profiter la collectivité de sa richesse. Il complète le clientélisme, lien individuel et personnel entre le patron et ses clients. Source Wikipédia
Vendredi 11 janvier 2008
par Suzanne publié dans : Pensées
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C'est le titre d'un film que j'ai vu avec ma soeur pendant les vacances. Il s'agit de l'histoire d'un enfant éthiopien catholique que sa mère envoie en Israël en le faisant passer pour juif. Il est pris en charge dans une famille d'israéliens de gauche et doit apprendre à se faire une place dans une société où être noir n'a rien d'évident. Alors il cherche sa place... Le film suit sa vie jusqu'à l'âge d'adulte, symolisé par son mariage et sa paternité.

C'est un film que je trouve magnifique et qui traite d'un sujet profond: comment construire sa vie sur un mensonge quand ce mensoge est précisément ce qui vous permet de rester en vie?
Le film ne donne pas de réponse: rien n'est tout blanc ou tout noir, c'est peut être pour cela que cette histoire touche parce qu'on sent qu'il ne s'agit pas d'un mélodrame fait pour faire pleurer dans les chaumières.

Ce qui m'a beaucoup plus dans ce film, c'est qu'aucun personnage n'est parfait, comme dans le "vraie vie." Alors que c'est à la mode, le film ne cherche pas à infantiliser le spectateur en lui faisant croire que dès son arrivée en Israël tout est beau pour l'enfant. Tout est au contraire difficile et rien ne s'obtient sans effort.

A la fin du film, je me suis dit que parfois, l'amour maternel, et l'amour tout court, ne prenait pas forcément les formes auxquelles on s'attendrait.
Lundi 7 janvier 2008
par Suzanne publié dans : Pensées
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C'est un des slogan qui circulaient ou circulent encore sur les campus en grève... Je ne reviendrai pas sur le fait que souvent les mouvements étudiants comprennent une grande part de suivistes ou de personnes qui profitent des vacances offertes par une université fermée.

Il faut dire que la télé, au mieux fait découvrir des endroits ou des modes de vies inconnus (ah les documentaires du cinquième canal), au pire nous plonge dans le plus grand des abrutissements face aux problèmes existentiels des personnages de soap [ah quand B avoue à C que A et lui ont couché ensemble et que A et C sont fille et mère, toutes deux enceintes du même qui en fait (B donc) est en fait un comploteur perfide payé par la famille ennemi des A et C].

En fait, je pense que si la télé rendait intelligent, ça se saurait. Peut être permet-elle d'acquérir des connaissances (et encore, je suis perplexe) mais pour ce qui est de développer l'esprit critique et la dispute au sens grecque-antique, il faut revoir la copie. Mais est-ce vraiment cela le but vers lequel doit tendre la production télé? Au fond, la télévision à l'origine c'était comme pour la radio, un organe de propagande officielle et le volet divertissement n'est arrivé qu'après.

Dire que la télé rend bête montre surtout que nous attendons plus de la télé (et des médias) que ce qu'ils nous apportent du fait de leur nature même. Peut être que ce qui se passe, c'est que le temps que nous passons devant la télé nous apparaît ensuite comme du temps parfaitement perdu et qui ne nous a rien apporté.

Honnêtement, croire que la télé va nous apporter de la culture est un leurre, tout simplement parce que ce n'est pas son rôle. En quelque sorte, ce n'est pas à la culture à venir à nous mais nous à aller à la culture. Parce que notre rapport à la culture, dans le sens de connaissance et de compréhension du monde doit être volontaire ou actif. Sinon, il s'agit de la part de culture qui relève de l'habitus (j'aime bien Bourdieu mais je me soigne, rassurez-vous) et pour cette part, nous ne pouvons rien faire consciemment.

Bref, "débranchez votre télé, rebranchez votre cerveau" est surtout un appel à se prendre en main pour accroitre nos connaissances et la rigueur de nos raisonnements, pour avoir un avis ou une pensée sur les sujets qui nous intéressent et pas seulement une opinion constituée de rumeurs et de sentiments.
Mercredi 28 novembre 2007
par Suzanne publié dans : Pensées
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 Chose promise, chose due, comme dit la sagesse populaire (mais bien sûr!) voici un petit commentaire des différentes réactions suite à la pendaison de Saddam Hussein il y a plus d'une semaine... le 30 décembre 2006 exactement, au petit matin (6h heure d'Irak) pour les pointilleux!

Le PCF (si,si mauvaises langues que vous ètes, il existe encore!) rappelle son opposition à la peine de mort, par principe et pour des raisons éthiques (pitié ne ressortez pas les vieux dossier de l'URSS sinon une petite contradiction risque d'apparaître). Le PCF s'émeut de la joie exprimée par G.W Bush (souvenez vous du 'on l'a eu" lors de sa capture) suite à cette pendaison et le tient pour responsable du chaos régnant actuellement en Irak (cela voudrait-il dire que le PCF est favorable a une dictature sans accrocs plutôt qu'à une démocratie certes plus formelle qu'effective?). En conclusion, il réaffirme sa solidarité avec le peuple irakien (non avec le pouvoir irakien notez-le bien) et appelle pour l'Irak sécurité, souveraineté, reconstruction et état de droit (c'est la période des voeux).

Jean Marie Le Pen (grand amis des arabes et des musulmans devant l'Eternel)  met en avant le fait que SH restait un chef d"Etat, renversé par une puissance étrangère. Il condamne l'action américaine qui a fait de l'Irak un pays en proie aux affrontements religieux alors que (je cite) "le situation de l'Irak sous Saddam Hussein était très supérieure à ce qu'elle est devenue".

Quant à Monsieur Sarkozy, il réaffirme son opposition à la peine de mort (ça rassure n'est-ce pas?) et regrette que SH ne puisse être jugé pour l'ensemble de ses crimes. Il met en avant le caractère récent de la démocratie irakienne (arrêtez de ricaner sur la réalité quotidienne de cette démocratie).

Je n'ai pas encore trouvé les positions du PS et celle de M. Bayrou mais je continue de chercher et vous pouvez toujours me les indiquer en commentaire.

source: le Monde, le Figaro, le site du PCF, Agora Vox, le site La banlieue s'exprime

Mardi 9 janvier 2007
par Suzanne publié dans : Pensées
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Voici un commentaire du livre à partir duquel Docteur jivago a été tourné...

Iouri Jivago a dix ans lorsqu'on enterre sa mère, Maria Nikolaïevna. Tant que sa mère avait vécu, Iouri n'avait pas su que son père les avait abandonnés depuis longtemps, qu'il voyageait sans cesse en Sibérie et à l'étranger, qu'il faisait la noce, et qu'il avait déjà semé aux quatre vents tous leurs millions. Iouri avait eu une enfance désordonnée et remplie de perpétuelles énigmes ; il était souvent chez des étrangers, et ce n'étaient jamais les mêmes. Tout petit, il avait encore connu l'époque où le nom qu'il portait désignait une foule d'objets des plus divers.

Il y avait la manufacture Jivago, la banque Jivago, les immeubles Jivago. Brusquement, tou cela s'était envolé. Ils étaient devenus pauvres.

A la mort de sa mère, on avait placé l'enfant dans la famille du professeur Groméko où Iouri avait trouvé une atmosphère favorable au-delà de tout espoir. Avec Tonia, la fille de la maison et son camarade de classe Gordon ils formaient une triple alliance.

Iouri savait penser et écrire et rêvait d'une œuvre en prose, mais il était encore trop jeune, aussi se contentait-il d'écrire des vers, comme un peintre qui passerait sa vie à faire des études pour un grand tableau.


Anna Ivanovna, la mère de Tonia, avait passé dans un lit d'hôpital tout le mois de novembre 1911 à cause d'une une pneumonie. Ce jour là lorsqu'elle eut retrouvé son souffle elle dit aux jeunes gens : " si je meurs, ne vous quittez pas. Vous êtes faits l'un pour l'autre. Mariez-vous. Là, je vous ai fiancés ", ajouta-t-elle, et elle fondit en larmes.

La guerre contre le Japon n'était pas encore terminée. Soudain d'autres événements la reléguèrent au second plan. La Russie était balayée par les vagues de la Révolution, plus hautes et plus surprenantes les une que les autres.

Mme Guichard avait acheté une petite entreprise, l'atelier de couture de Levitskaïa. Depuis la mort de son mari elle vivait dans une terreur perpétuelle de la misère. Rodia et Lara, ses enfants s'étaient habitués à entendre dire qu'ils étaient au bord de la ruine. Lara et son frère comprenaient que dans la vie ils auraient tout à conquérir à la force des poignets.

Un ami de son mari l'avait prise sous sa protection, c'était un homme d'affaires, à la tête froide, qui connaissait la vie commerciale de la Russie comme sa poche. Il lançait à Lara des regards qui la faisaient rougir. Lara avait un peu plus de 16 ans, mais c'était déjà une jeune fille entièrement formée. Elle était très jolie. Lara était l'être le plus pur au monde.

Comment cela est-il arrive ? Comment cela a-t-il pu arriver ? Maintenant elle est…une fille perdue. Si l'intrusion de Komarovski dans la vie de Lara n'avait suscité de sa part que du dégoût, elle aurait su se révolter et se libérer. Mais ce n'était pas si simple. Les galanteries de Komarovski, au fond d'une voiture, sous le nez du cocher, ou dans une avant-loge isolée sous les yeux du théâtre entier, avaient quelque chose de sournoisement audacieux qui la captivait et qui incitait à la riposte le diablotin qui se réveillait en elle.

Il était sa malédiction, elle le haïssait. C'était à cause de sa mère qu'elle ne pouvait rompre avec lui. Elle ne pouvait pas dire à sa mère de ne pas le recevoir. Autrement tout se découvrirait.

Six mois de liaison avec Komarovski avaient passé la mesure de la patience de Lara. Il était très habile à profiter de son abattement, et lorsqu'il le lui fallait, il savait, sans le faire paraître, lui rappeler subitement son déshonneur. Lara tombait alors dans le désarroi que les voluptueux cherchent chez les femmes. Ce désarroi la livrait chaque jour davantage au cauchemar sensuel qui lui faisait dresser les cheveux d'horreur lorsqu'elle était dégrisée.

Puis, son amie Nadia lui ayant trouvé un travail de préceptrice, pendant plus de trois ans Lara vécut chez les Kologrivov comme à l'abri d'une muraille de pierre.

Rien ne venait porter atteinte à son indépendance, et même sa mère et son frère, auxquels elle se sentait de plus en plus étrangère, ne se rappelaient pas à son souvenir.

Son travail chez les Kologrivov n'avait pas empêché Lara de terminer ses classes. Pacha Antipov, qui était un peu plus jeune que Lara, l'aimait à la folie et lui obéissait en tout. Lara rêvait de l'épouser lorsqu'ils auraient obtenu leurs diplômes d'Etat.

Pour venir en aide à Rodia, qui avait contracté des dettes au jeu, Lara avait emprunté de l'argent aux Kologrivov. Sa situation lui semblait maintenant fausse et intenable. Il lui semblait qu'elle était à charge pour tout le monde, et qu'on évitait seulement de le lui faire sentir. Parfois Lara en avait assez de la vie. Tel était l'état d'esprit qui, à la Noël 1911, lui fit prendre une résolution fatale.

Ce même jour, Tonia et Iouri avaient pris un traîneau de louage pour se rendre à l'arbre de Noël des Sventiski. Tonia était maintenant une femme et Iouri déconcerté par cette découverte se sentait soudain submergé par une ardente compassion et une stupéfaction craintive qui est le début de la passion.

Pendant tout le temps qu'ils passèrent avec les Sventiski, Lara était dans la grande salle. Soudain un coup de feu avait retenti dans la maison. La foule du salon se déversa dans la salle. Dans un groupe, légèrement en retrait, on menait Lara en la tenant par le bras. " C'est elle ! " Il se souvenait l'avoir déjà vue un jour alors qu'il se trouvait par hasard à l'hôtel Monténégro. Il l'avait vue dans sa robe de lycéenne, dans la pénombre de la chambre d'hôtel. Il se souvenait des regards qu'elle avait échangés avec un homme grisonnant. Ce jour-là la vision de cette jeune fille réduite en servitude, vision indiciblement mystérieuse et effrontément révélatrice, lui avait semblé comme une chose inquiétante et attirante, trouble comme un rêve. Cette petite fille chétive et si frêle était chargée, comme d'électricité, de toute la féminité du monde. Iouri fut stupéfait de la revoir. Et de nouveau dans quelles circonstances extraordinaires ! Et de nouveau cet homme grisonnant. Quelle est belle, fièrement belle pensa-t-il.

Lara avait voulu le tuer. Komarovski écumait de rage. Sa situation était compromise. Il comprenait une fois de plus combien cette fille folle et désespérée était irrésistible. On voyait au premier regard qu'elle n'était pas comme les autres.

Mais le scandale avait été étouffé. Pacha la soupçonnait maintenant de tous les péchés mortels, était prêt à la maudire et à la haïr tout en l'aimant éperdument ; il était jaloux de ses pensées intimes, de la timbale où elle buvait, de l'oreiller sur lequel elle était couchée. On les maria le lundi de Pentecôte, quand le succès à l'examen final fut devenu chose certaine.

Cette nuit là, qui dura une éternité, l'étudiant d'hier Antipov, connut tour à tour le comble de la félicité et le fond du désespoir. Aux aveux de Lara, son cœur défaillait comme s'il volait dans un précipice.

Les Antipov s'étaient établis à Iouratine. Lara s'occupait de la maison et de leur fille Katenka, qui avait maintenant trois ans. Tous deux enseignaient au lycée des filles. C'était exactement la vie dont elle rêvait. Ils s'entendaient mais leurs relations manquaient de simplicité. Lara l'écrasait de sa bonté et de ses attentions et Pacha ne se permettait pas de la critiquer. La crainte qu'elle ne le soupçonnât de quelque sentiment injuste et blessant pour elle mettait une note de contrainte dans leur vie. Ils rivalisaient de générosité, et par-là même ils compliquaient tout.

Il comprenait bien que ce n'était pas lui qu'elle aimait, mais la tâche généreuse qu'elle remplissait envers lui était l'incarnation de son propre sacrifice.

Qu'y avait-il de commun entre cette digne et sainte mission et une véritable vie de famille ? Le pire, c'était qu'il l'aimait encore avec la même force. Lara était belle à vous faire damner.

Puis Pacha avait trouvé l'issue et un beau jour un avis était arrivé provenant du bureau de recrutement : il était admis à l'Ecole militaire d'Omsk. Bientôt ses lettres arrivèrent du front. Antipov voulait se distinguer. Puis ses lettres cessèrent d'arriver. Lara fit des études d'infirmière et passa son diplôme à l'hôpital. Convaincue de l'inutilité des recherches faites à distance, Lara résolut de les mener sur les lieux même des récentes opérations militaire et partit comme infirmière dans un train sanitaire qui se dirigeait à la frontière hongroise.

Entre temps Iouri Jivago etait devenu médecin militaire. L'hôpital était installé dans un bourg perdu sur une ligne de chemin de fer. C'était la fin de février, le temps était plus doux. Jivago lisait les lettres de Tonia. Soudain il entendit des pas légers. Iouri leva les yeux. Lara venait d'entrer dans la salle.

Le travail rapprochait souvent Jivago et Lara. Mais un jour Lara ayant perdu tout espoir de retrouver son mari, repartit trouver sa fille.

Au bout d'un certain temps Jivago se prépara lui aussi à partir. Depuis deux ans il était séparé de sa famille. La guerre, son sang et ses horreurs, son désarroi et sa sauvagerie l'avaient confronté à une réalité nouvelle. La révolution, l'enthousiasme qu'elle lui avait inspiré, n'était plus la révolution idéalisée à l'étudiante comme en 1905, mais la révolution sanglante, la révolution militaire qui faisait fi de tout : les bolcheviks étaient seuls à saisir le sens de cette tempête.

Iouri pensait à l'infirmière Antipova jetée par la guerre dans une vie inconnue, Antipova qui ne reprochait rien à personne, Antipova dont l'effacement était presque une plainte, cette femme mystérieusement laconique, et si forte de son silence. Il pensait à ses efforts sincères, surhumains pour ne pas l'aimer, lui qui toute sa vie s'était efforcé de témoigner de l'amour non seulement à sa famille et à ses proches, mais à tout être humain.

Après trois années de changements, d'imprévu, de voyages ; la guerre, la révolution, tous leurs bouleversements, les fusillades, les scènes de ruine, les scènes de mort, les destructions, les incendies, tout cela se transforma pour Iouri en un vide dénué de sens. Il rentrait chez lui, et il n'y avait que cela qui comptait : retrouver Tonia, recommencer sa vie.

A Moscou il retrouva les siens et ce qu'il y avait de plus nouveau pour lui c'était son fils. Mais pendant les quelques jours qui suivirent il découvrit à quel point il était seul. Le mois d'août passa. On était maintenant à la fin de septembre. L'inévitable était tout proche. L'hiver venait et, dans l'univers des hommes, on sentait se préparer on ne savait quoi de fatal. La bonne vie bourgeoise boitait, se débattait, se traînait, en titubant dans des ornières toutes tracées. Le docteur Iouri ne se faisait pas d'illusions. Il ne pouvait pas ignorer que la vie d'autrefois était vouée à la disparition. Il jugeait que son milieu, et lui-même, étaient condamnés.

A l'hôpital les différenciations politiques avaient commencé. Les modérés, dont la sottise indignait le docteur, le trouvaient dangereux ; ceux qui étaient politiquement engagés ne le trouvaient pas assez rouge. Il n'appartenait ni à l'un ni à l'autre groupe, il n'avait plus d'attaches avec le premier, il n'en avait pas encore avec le second.

Vers la fin octobre un communiqué gouvernemental de Pétersbourg annonçait la formation d'un Soviet des commissaires du peuple et l'instauration en Russie du pouvoir soviétique et la dictature du prolétariat. On nommait partout des commissaires aux pouvoirs illimités, hommes d'une volonté de fer, vêtus de vestes de cuir, utilisant toutes les mesures d'intimidation, armés de revolvers, qui se rasaient peu et dormaient encore moins.

La vie ancienne et l'ordre nouveau ne coïncidaient pas encore. Il y eut trois hivers terribles, hivers de famine, sombres, glacials, brisant toute habitude, reconstruisant l'existence à sa guise et contraignant les hommes à des efforts inhumains pour s'accrocher à une vie qui se dérobait.

Au mois d'avril toute la famille Jivago devait partir pour le lointain Oural, vers l'ancienne terre seigneuriale de Varykino, près de la ville de Iouratine.

Le voyage fut long et inconfortable. Iouratine était occupée par les Rouges. Au cours de ce voyage Jivago fit la connaissance du Commissaire politique aux Armées Strelnikov. Celui-ci incarnait la force de volonté à son plus haut degré. Il était à tel point l'homme qu'il voulait être que tout en lui semblait exemplaire : sa belle tête au port magnifique, la rapidité de sa démarche, ses longues jambes chaussées de grandes bottes, sa vareuse de drap gris. On était impressionné par la présence d'un talent naturel qui n'avait rien de guindé et dont l'aisance devait être parfaite en toutes circonstances.

Qui était cet homme ? La rumeur publique identifiait Strelnikov à Pavel Antipov le mari de Lara.

Varykino avait appartenu dans le passé à Krüger le grand-père de Tonia. Jivago était conscient que maintenant ils utilisaient la terre illégalement. Heureusement les distances d'éloignement de la ville où personne ne sait rien de leur existence, les mettait à l'abri pour quelque temps.

Un jour dans la salle de la bibliothèque municipale de Iouratine, Iouri Jivago parcourait les livres qu'il avait demandés. A l'autre bout il y avait une lectrice. Iouri reconnut aussitôt Larissa Fiodorovna Antipova. Il la voyait de trois quarts, presque tout à fait de dos, elle lisait avec passion, comme les enfants. " Elle ne tient pas à plaire, pensait-il, à être belle, séduisante. Elle méprise cet aspect de la nature féminine et on dirait qu'elle veut se punir d'être si belle. Et cette hostilité hautaine envers soi-même la rend dix fois plus irrésistible. "

Plus de deux mois s'étaient écoulés depuis le jour où Jivago n'était pas revenu de la ville le soir même. Il était resté chez Larissa Fiodorovna. Il avait dit ensuite chez lui que ses affaires l'avaient retenu à Iouratine. Maintenant Iouri trompait Tonia et lui cachait des choses de plus en plus graves, impardonnables. C'était la première fois que cela lui arrivait et il était accablé par le poids de la mauvaise conscience.

Mais cela n'avait pas duré. Mobilisé de force par les partisans qui luttaient en Sibérie sur les arrières de l'armée blanche, Jivago ne retrouvera plus au retour sa famille émigrée à l'étranger. L'armée était sans cesse en mouvement et le docteur la suivait dans tous ses déplacements. Malgré l'absence de chaînes, d'entraves et de gardiens, Jivago était obligé de se soumettre à sa condition de prisonnier. Trois tentatives de fuite avaient échoué.

Le docteur était surchargé de travail. L'hiver, c'était le typhus, l'été la dysenterie, et avec la reprise des opérations le nombre de blessé augmentait.

Plus tard Jivago s'était a nouveau enfoui et cette fois-ci son entreprise avait réussi. Il avait rejoint Lara à Moscou. Lara le nourrissait, le guérissait par ses soins, par son charme radieux de cygne blanc.

Lara exhortait Iouri à retourner auprès des siens. Le fait d'avoir quitté les rangs de l'armée de la révolution fait de lui un déserteur. La position de Lara est tout aussi précaire. Elle sait que Strelnikov, son mari, a beaucoup d'ennemis. L'Armée rouge est maintenant victorieuse et Pacha est un militaire sans parti trop haut placé et qui en sait trop.

Lara se sent profondément coupable à son égard. Elle sait qu'il est un homme d'une immense valeur, d'une grande droiture, elle pense qu'elle n'est rien à côté de lui.

L'été vint et passa insensiblement. Le docteur recouvra sa santé et prit du service dans trois endroits. Il revenait de toutes ces tâches à la nuit, fatigué et trouvait Lara en plein travaux domestiques. Son charme était émouvant, noble, il intimidait presque.

Lara et Iouri étaient incertains devant l'avenir. Un jour une lettre arriva, elle était de Tonia, elle lui disait qu'ils partaient se réfugier à Paris, elle lui parlait de Lara qui l'avait soignée au moment de ses couches alors que Jivago était au front.

Elle écrivait : " Je dois reconnaître en toute sincérité que c'est quelqu'un de bien, mais elle est exactement le contraire de ce que je suis. Je suis venue au monde pour rendre la vie plus simple et chercher la voie droite, elle pour tout compliquer et détourner du droit chemin ". Iouri poussa un gémissement involontaire et porta la main à la poitrine. Il sentit qu'il allait s'évanouir, fit quelques pas en titubant et s'écroula sur le divan sans connaissance.

Ils quittèrent la ville par un matin gris d'hiver et allèrent se réfugier à Varykino. En ville les arrestations y battaient leur plein, mais il était à peine plus raisonnable de s'attarder seuls et sans armes, en plein hiver, dans cette effroyable solitude pleine de ses propres dangers.

Ils étaient à Varykino depuis douze jours lorsque Komarovski était venu pour reprendre Lara. Komarovski confia à Jivago que Strelnikov avait été pris, condamné à mort et fusillé. Lara et sa fille couraient un danger imminent. Il lui demanda de l'aider à les sauver en les laissant partir avec lui.

C'est ainsi que Jivago avait renoncé à Lara. Cet instant était venu, cet instant était passé. " Adieu Lara, au revoir dans l'autre monde, adieu ma beauté, adieu ma joie, insondable, inépuisable, éternelle. Je ne te reverrai plus, plus jamais, plus jamais de ma vie, jamais je ne te reverrai ".

Iouri Andréiévitck devenait lentement fou.

L'instant que l'inconnu avait choisi pour apparaître était inattendu. Le docteur avait l'impression d'avoir déjà vu cet homme quelque part.

Soudain il se souvint : le wagon du commissaire, ses principes rigoureux, le bon droit ; Strelnikov ! Il n'était donc pas mort. Komarovski avait menti.

Ils parlaient déjà depuis longtemps, depuis plusieurs heures bien sonnées, comme seuls savent parler les Russes en Russie, comme parlaient en particulier les affolés et les angoissés, les enragés et les frénétiques que tous étaient alors. Le soir approchait. L'obscurité tombait.

Il parlait de Lara " c'est pour cette petite fille que je suis allé à l'université, pour elle que je suis devenu professeur. J'ai englouti une masse de livres et acquis une foule de connaissances pour lui être utile. Je me suis engagé dans l'armée pour la reconquérir après trois ans de mariage, puis après la guerre et mon retour de captivité, j'ai profité de ce que l'on me tenait pour mort pour me consacrer tout entier à la révolution sous un nom d'emprunt, et pour la venger jusqu'au bout de tout ce qu'elle avait souffert, pour effacer à jamais tous ces tristes souvenirs, pour qu'il n'y ait plus de retour au passé. Je voulais d'abord mener à bien la tâche de ma vie. Oh ! que ne donnerais-je pour jeter sur elle ne fût-ce qu'un regard ! Il me semblait que ma liberté n'était pas encore entièrement conquise Et maintenant tout l'édifice est réduit en poussière. Demain on se saisira de moi. On me prendra et on ne me laissera pas me justifier ".

Le lendemain Iouri fit du feu dans la cuisinière, prit un seau et partit chercher de l'eau au puits. A quelques pas du perron, le corps de Pavel Pavlovitch était étendu de biais en travers de l'allée, la tête enfoncée dans un tas de neige : il s'était suicidé.

Pendant les neufs dernières années de sa vie, Jivago ne cessa de décliner : il perdait ses connaissances de médecin, ses habitudes d'écrivain, il était dans une indifférence prolongée envers lui-même et le monde entier. L'ancienne maladie de cœur avait fait des progrès considérables.

Marina, la fille du concierge Markel passait souvent chez lui pour faire le ménage. Une fois, elle resta chez lui et ne revint plus à la loge. Elle devint ainsi, sans passer par l'état civil, la troisième femme de Iouri Andréiévitch. Ils eurent des enfants.

Lara avait assisté aux obsèques de Jivago. C'était comme si elle avait déjà vécu vingt fois, qu'à plusieurs reprises elle avait perdu Iouri Jivago et qu'elle avait accumulé toute une expérience du cœur, si bien que tout ce qu'elle ressentait auprès de ce cercueil était opportun.

Quel amour ils avaient connu, libre, rare, incomparable. Ils avaient aidé eux aussi à façonner la beauté du monde.

Un jour Larissa Fiodorovna sortit et ne revint plus. Sans doute fut-elle arrêtée dans la rue. Elle dut mourir ou disparaître on ne sait où, oubliée sous le numéro anonyme d'une liste perdue, dans un des innombrables camps de concentration du Nord.

Cinq ans, dix ans plus tard, peut-être, deux jeunes gens feuilletaient le recueil des écrits de Iouri Jivago. .

La victoire n'avait pas apporté la lumière et la délivrance qu'ils en attendaient ; pourtant les signes avant-coureurs de la liberté flottaient dans l'air depuis la fin de la guerre, et ces années n'avaient pas d'autre contenu historique. Ils avaient l'impression que cette liberté intérieure était venue, que l'avenir s'était posé, palpable, dans les rues qui couraient à leurs pieds, qu'ils étaient entrés dans cet avenir et qu'ils s'y trouvaient désormais. Et le livre qu'ils tenaient dans leurs mains paraissait savoir tout cela et apporter à leurs sentiments une confirmation et un soutien.

Si vous avez vu le film, qu'en pensez vous?

Perso, ce que j'aime c'est qu'il est tourné comme une fresque mais qu'on sens aussi beaucoup d'ironie et de critique latentes,  Jivago, je l'aime bien mais il y a des moments ou son goût de la torture psychologique et de la souffrance m'agacent un peu... quant aux rôles féminins, je dis qu'il y a des claques qui se perdent même si c'est des psychologies sympas à étudier..

Mercredi 27 décembre 2006
par Suzanne publié dans : Pensées
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Je fais partie de cette génération qui n'a pas voté en 2002, mais qui était assez grande pour comprendre au moins une partie des tenants et des aboutissants, non seulement des résultats de l'élection présidentielle mais aussi des thèmes de la campagne.

Je ne me souviens pas trop de l'élection de 1995 (j'étais petite), mais depuis 2002, j'ai l'impression que la seule chose commune à l'ensemble de la classe politique est la volonté de monter les Français les uns contre les autres, en formant des groupes supposés homogènes qui n'auraient comme seul but que la destruction de l'autre. Les "jeunes" n'auraient comme but que de détruire tout ce que les "vieux" ont construit, les "vieux" seraient systématiquement mis de coté ou au rebus du fait de la concurrence des "jeunes", les "étrangers" n'auraient comme seul but que d'imposer en France leur culture et leurs manières de vivre, les "Français" seraient tous racistes, les "femmes" ne sauraient pas faire comme les "hommes", les "étudiants" seraient par définition totalement opposés à toute réforme de leurs conditions de vie, réforme vantée par les "travailleurs" qui eux, connaissent vraiment ce qu'est la vie...

Alors voici ma question: la peur de l'autre qui nous est enseignée tout au long de notre vie sociale ne risque-t-elle pas de faire exploser une bonne fois pour toute la société?

Jeudi 30 novembre 2006
par Suzanne publié dans : Pensées
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